ce coeur qui haissait la guerre desnos

RobertDesnos, dans le poème « Ce cœur qui haïssait la guerre » publié clandestinement sous le pseudonyme de Pierre Andier en 1943, met en évidence les changements apportés par la guerre en confrontant le passé et le présent. Nous observons une alternance de ces deux temporalités, visible dès le premier vers (« Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat ») RobertDesnos - Paroles de « Ce cœur qui haïssait la guerre » + traduction en anglais. Russia has started a deceptive and disgraceful military attack on Ukraine. Stand With Ukraine! How you can support Ukraine 🇺🇦. LT → français → Robert Desnos → Cecœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit, Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine. Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent, Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se Cecœur qui haïssait la guerre, Robert Desnos Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille ! Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit, Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de LEPOST POETIQUE DE TIMOTHY ADES Voici encore notre ami le poète-traducteur britannique Timothy Adès Le 8 juin 2020 est le 75e anniversaire de la mort de ROBERT DESNOS, victime du typhus au camp de Terezin/Theresienstadt. Il avait soulagé nombre de déportés en leur faisant partager ses clairvoyances imaginaires. Il avait connu Film Les Rencontres D Après Minuit Streaming. Robert Desnos, Ce cœur qui haissait la guerre. Destinée arbitraire Oral EAF, Desnos, Ce cœur qui haissait la guerre, questionnaire de 39 questions réponses L’oral comprend 39 questions avec réponses Descriptif L’entretien est composé de la lecture du poème, d’une petite présentation de Desnos, du surréalisme, d’un commentaire en deux axes avec une introduction, une conclusion, une ouverture, une problématique pour vous entraîner à l’oral et de plusieurs questionnaires, un sur Desnos, sur le surréalisme et le commentaire proposé en fonction des axes d’étude. Les réponses aux questions sont dans la biographie, l’exposé sur le surréalisme et l’étude de la poésie. Les questions se présentent ainsi Questions sur Desnos 5 questions Questions sur le surréalisme 8 questions Questionnaire EAF avec réponses en fonction d’un plan Questions sur le commentaire 26 questions Questions sur l’introduction 4 questions Une problématique pour vous entraîner à l’oral Questions sur le développement en fonction du plan d’analyse Plan de l'étude I – Le dilemme du poète II – Un hymne à la vie I - 13 questions II - 7 questions Conclusion 2 questions Ouverture PoètesRobert Desnos, Ce cœur qui haïssait la guerre… » Pistes pédagogiques Les élèves considèrent souvent les textes littéraires comme des assemblages de mots hermétiques et de phrases sans vie, comme des dépouilles du passé qu’ils vont devoir disséquer froidement en trois parties et trois sous-parties. L’enseignant doit trouver l’occasion de faire partager le plaisir du texte, d’enseigner aux élèves qu’une œuvre est quelque chose de vivant qui éclot dans un contexte particulier, qui manifeste un dynamisme interne et perdure grâce à un feuilletage sémantique qui lui permet de survivre au passage des siècles. La commémoration de la mort de Guy Môquet, le 22 octobre, peut permettre d’ouvrir une parenthèse dans les pratiques pédagogiques traditionnelles » et d’initier les élèves au plaisir de sentir vivre un texte en quittant les sentiers battus du questionnaire ou du commentaire littéraire. Nous proposons ici une approche plus intuitive, plus sensible, voire plus sensuelle des textes. Celle-ci valorise la promotion d’un devoir de mémoire dans la mesure où elle cherche à toucher tous les élèves en ressuscitant les voix des poètes du passé. Elle permet également à l’enseignant de mettre en lumière l’une des caractéristiques du texte poétique la musicalité, le travail du rythme. Les poèmes de Desnos intitulés Ce cœur qui haïssait la guerre… » et Le Veilleur du Pont-au-Change » portent en eux une sorte d’élan vital, comme s’ils étaient des corps où bat un cœur. C’est cet axe que nous avons choisi de développer en montrant d’abord la primauté du cœur comme organe vital dans ces deux poèmes, puis l’influence qu’a ce cœur sur la structuration et le rythme du texte. Nous achèverons cette réflexion en nous demandant si les deux poèmes ne fondent pas un art poétique de la poésie résistante et si le cœur n’a pas une valeur symbolique dans les deux textes. Remarque sur la démarche pédagogique. Le professeur fait ici le choix de convoquer au départ un processus biologique bien connu des élèves le fonctionnement du cœur. En effet, dans le cadre d’un hommage aux grandes figures de la Résistance, l’enseignant doit créer une démarche qui soit suffisamment abordable pour que chaque élève puisse se sentir concerné. Présentation des textes Ce cœur qui haïssait la guerre… » est un poème en vers libres écrit dans la clandestinité pendant la guerre. Il paraît le 14 juillet 1943 dans le recueil L’Honneur des poètes et est signé du pseudonyme Pierre Andier déporté. Le Veilleur du Pont-au-Change » est également écrit dans la clandestinité, au début de l’année 1944, un peu avant l’arrestation de Desnos le 22 février. Il sera publié dans L’Honneur des poètes II sous le pseudonyme de Valentin Guillois. Il appelle à la lutte générale contre l’occupant. Paris. La Conciergerie et le Pont au Change. Eté 1942 © Roger – Viollet Le cœur, l’organe vital du corps poétique Le cœur au cœur du poème Le motif du cœur est au centre des deux poèmes étudiés. Dans Ce cœur qui haïssait la guerre… », le mot cœur » est mis en valeur par un effet d’encadrement il est présent dans le vers liminaire et dans le vers de clôture. Au cœur du poème, le huitième vers sur seize est le seul où le mot cœur » est répété. Comme si le poème possédait en son centre le principe d’un élan vital. Le Veilleur du Pont-au-Change » est un poème où la notion de centre est primordiale. Dans les quatre premières strophes du texte, Paris se situe au croisement des quatre points cardinaux et le Pont-au-Change est l’exact milieu entre la rue de Flandre » au nord, le quai du Point-du-Jour » à l’ouest, la Porte Dorée » à l’est et la Poterne des Peupliers » au sud. Quant au veilleur, il écoute les voix venues des quatre coins du monde v. 61 à 73, il veille au cœur de Paris » v. 20 et veille aussi sur le monde entier qui nous environne et nous presse » v. 27. Dans ce poème, le veilleur est assimilé au cœur, à un organe vital qui veille et ne cesse jamais de battre. Le motif du cœur est repris à la rime, au vers 68, dans l’expression rythmes des poumons et des cœurs ». Il est également présent dans le dernier vers du poème Bonjour, bonjour, de tout cœur bonjour ! » Motif omniprésent, le cœur est au cœur des deux textes, a priori dans son sens biologique et concret d’organe vital qui régit et régule la circulation du sang. Le cœur organe vital du corps poétique Dans les deux poèmes étudiés, le mot cœur » a d’abord un sens biologique. Il est l’organe qui bat » dès le premier vers de Ce cœur qui haïssait la guerre… ». Dans Le Veilleur du Pont-au-Change », les voix et les clameurs qui scandent le texte sont associées métaphoriquement aux rythmes des poumons et des cœurs » v. 68. Comme le cœur biologique, le cœur poétique se gonfle et envoie dans les veines un sang brûlant » dans Ce cœur qui haïssait la guerre… ». Ce sang irrigue le poème le mot apparaît de nouveau au vers 11. Dans Le Veilleur du Pont-au-Change », le mot sang » est placé à la rime au vers 33 et au vers 112. L’occurrence du vers 112 invite à formuler une hypothèse intéressante dans le cadre de la problématique choisie, hypothèse qui permet également d’expliquer l’allitération en /v/ qui est filée vers après vers. Relisons le morceau de strophe qui s’étend des vers 104 à 112 "Écoutez-nous à votre tour, marins, pilotes, soldats, Nous vous donnons le bonjour, […] Bonjour de bon cœur et de tout notre sang ! La voix, le cœur et le sang sont étroitement assemblés dans cette citation. Le flux de la voix dans le poème semble analogue au flux du sang dans le corps et l’allitération en /v/ fait entendre, par un effet d’harmonie imitative, ce gonflement et cet écoulement de vie qui animent le corps poétique. Le cœur est donc bien l’organe qui irrigue de vie les poèmes. Cet élan vital contenu dans les deux textes se manifeste par des effets de rythmes et de construction qui rappellent les pulsations provoquées par chaque contraction cardiaque. Élan vital, rythme et pulsation Effet de pulsation analyse des effets de rythme dans les poèmes Le poète attire l’attention du lecteur sur l’importance du rythme et du bruit dans les deux poèmes rythme des marées » v. 2 et 16, rythme des saisons » v. 13 et 16 et bruit » dans Ce cœur qui haïssait la guerre… », rythmes des poumons et des cœurs » v. 68 et fracas » dans Le Veilleur du Pont-au-Change ». Les deux poèmes multiplient les jeux et effets sonores et rythmiques où l’alternance binaire domine. On relève notamment de nombreuses reprises anaphoriques en début de vers ou de strophes Ce cœur qui… », Je suis le veilleur… », Je vous salue… », bonjour ». On note également un travail de dérivation lexicale entre veilleur » et veille », entre bat », combat » et bataille » par exemple. Le poète joue sur des effets de gradation des masses syntaxiques au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit » v. 2 de Ce cœur qui haïssait la guerre… ». On peut encore mentionner la présence d’assonances et d’allitérations. En outre, l’allitération de gutturales dans Ce cœur qui haïssait la guerre… » semble reproduire les battements cardiaques. Tout se passe comme si les effets de rythme créés par le poète cherchaient à faire entendre un pouls, un battement primitif et vital, résultat d’une contraction suivie d’une dilatation. Effet de contraction et de dilatation analyse de la structure et de l’organisation des poèmes La structure des poèmes reflète un double mouvement de contraction et de dilatation. Dans Ce cœur qui haïssait la guerre… », le vers libre épouse une dynamique binaire de détente puis de crispation. Les vers longs du début et de la fin alternent avec des vers plus brefs au centre du poème. Cette crispation intervient d’ailleurs juste après le vers 3 qui évoque la propulsion du sang dans les veines. Dans Le Veilleur du Pont-au-Change », l’effet de contraction et de dilatation naît de l’alternance entre des strophes courtes quatrains et des strophes plus longues, entre des vers courts et des vers plus longs. Cette alternance entre contraction et dilatation est également sensible dans l’alternance syntaxique entre singulier et pluriel. Dans le premier poème, on passe du singulier ce cœur », la cervelle » au pluriel millions d’autres cœurs », millions de cervelles », millions de Français ». Dans le second poème, seul le pronom personnel Je » apparaît dans les cinq premières strophes. La première personne du pluriel, nous », surgit dans la sixième strophe, en même temps que la mention du monde entier ». Dans les strophes suivantes, la deuxième personne du pluriel est largement utilisée, associée au terme de camarades ». On oscille entre une évocation singulière – ma voix » – et une parole plurielle – les voix ». La mise en place d’un système d’amplification est la troisième caractéristique structurelle qui met en scène un double mouvement de contraction et de dilatation. La mention de la cloche » et des échos » dans le premier texte résume le mouvement général des deux textes, qui procèdent par extensions progressives et circulaires le cœur » puis la cervelle », les oreilles », la ville », la campagne », la France », les millions de Français » dans le premier texte, les rues, les quais et les portes de Paris, la ville tout entière, le monde tout entier » dans le second. Cette amplification du combat singulier à l’éveil de millions de résistants, de la crispation de l’occupé à l’espoir du combattant, c’est l’objectif que se fixent les deux poèmes. Le poème résistant chez Desnos est à l’image d’un cœur qui bat et diffuse une substance vitale. À ce stade, on peut envisager une lecture à voix haute des poèmes par les élèves, lecture qui restituerait la puissance rythmique et l’élan vital que portent en eux les deux textes. On peut alors pousser plus loin la réflexion Desnos ne délivre-t-il pas dans ces deux textes un art poétique du poème résistant et une vision de la Résistance ? Le cœur, fondement d’un art poétique du poème résistant et symbole de la Résistance Rythmes, sonorités et diffusion principes d’un art poétique du poème engagé La puissance rythmique des poèmes de Desnos nous invite à les assimiler au cœur » qui bat pour le combat et la bataille » du vers liminaire du premier texte. Cette analogie nous conduit à relire les deux textes comme des arts poétiques d’une poésie résistante. Dans cette perspective, un poème engagé se caractériserait par sa portée sonore, par son rythme » et son bruit », un rythme et un bruit primitif, naturel, puissant, épique comme celui des marées et des saisons ». L’autre spécificité du poème engagé est qu’il met en scène, non pas une parole écrite, mais une voix » audible, chaude et joyeuse et résolue » v. 100 du Veilleur du Pont-au-Change » qui cherche à diffuser largement un message. C’est pour cette raison que les présents d’énonciation envahissent les textes. Les discours directs et indirects sont également très présents dans les deux poèmes, introduits par des deux points ou par des verbes de parole. Le discours direct met notamment en valeur le mot Liberté », comme chez Éluard. L’objectif du poète résistant, ce n’est pas d’être lu, c’est d’être entendu, de rassembler autour de sa voix, de persuader de l’intérêt de poursuivre le combat. Le cœur, organe qui diffuse une force vitale dans les membres du corps devient donc, dans les deux poèmes de Desnos, une allégorie de la poésie résistante. Mais il est également un symbole de la Résistance. Le cœur, un symbole de la Résistance Dans Ce cœur qui haïssait la guerre… », le cœur apparaît comme l’exacte antithèse de la violence guerrière. Paradoxalement, ce cœur envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine ». Le cœur est un symbole d’amour mais aussi de justice. Or, l’état de guerre justifie qu’il devienne un principe de violence et de haine. Le Veilleur du Pont-au-Change » revêt le même paradoxe d’un veilleur qui tue Je vous dis que je veille et que j’ai abattu un homme d’Hitler » v. 78. Habituellement, un veilleur protège mais ne tue pas. Or, en période de guerre, protéger équivaut parfois à tuer, comme le suggère le vers 83 Et d’autres que moi veillent comme moi et tuent ». Desnos joue ici sur la polysémie du mot avoir du cœur, c’est aussi avoir du courage. Le cœur retrouve ici son sens épique. Dans le vers liminaire du poème Ce cœur qui haïssait la guerre… », l’emploi polysémique du verbe battre » rapproche les mots cœur », combat » et bataille ». Quelques vers plus loin, le sang » est brûlant de salpêtre et de haine ». Le rougeoiement du sang et le rougeoiement de l’incendie se rencontrent au travers de la métaphore. Le cœur a les traits d’un combattant qui résiste aux horreurs de la guerre. Mais ce que font entendre les deux poèmes, c’est que ce cœur n’est pas le seul à lutter. C’est le chœur des cœurs qui est le véritable symbole de la Résistance, autrement dit, les rythmes des poumons et des cœurs […] nés de millions de poitrines » Le Veilleur du Pont-au-Change », v. 68, ou encore les millions d’autres cœurs [… qui] battent au même rythme pour la même besogne » Ce cœur qui haïssait la guerre… », v. 8 et 9. La Résistance, une même besogne », un réseau de volontés, un ensemble de cœurs battant pour un même combat, une multitude de vies pour un seul mot d’ordre Liberté. Desnos, un cœur qui bat encore, une voix qui vibre toujours et qu’on entend encore, surgie du passé, avec sa force vitale et primitive, qui parle à tous les cœurs. Mélinée Simonot Retour au poèmePour aller plus loin Ce coeur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille ! Ce coeur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit, Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine. Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat. Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos. . Mais non, c’est le bruit d’autres coeurs, de millions d’autres coeurs battant comme le mien à travers la France. Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces coeurs, Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre Révolte contre Hitler et mort à ses partisans ! Pourtant ce coeur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons, Mais un seul mot Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères Et des millions de Français se préparent dans l’ombre à la besogne que l’aube proche leur imposera. Car ces coeurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées, du jour et de la nuit. Extrait de L’honneur des Poètes Minuit, 1946 et repris dans "Domaine Public" par Poésie/Gallimard Plan de la fiche sur Ce cœur qui haïssait la guerre de Robert Desnos Biographie de Robert Desnos Né en 1900 à Paris, mort en Tchécoslovaquie en 1945. Poète français. Mouvement intellectuel et esthétique. Mouvement dadaïsme de dada > surréalisme. Comme Paul Eluard, s'en est écarté à cause de désaccords politiques avec André Breton. S'engage dans le journalisme, continue à écrire poèmes. Recueil célèbre Corps et biens, 1930 > inspiration spontanée > écriture automatique. Participation à émissions radio de 1930 à 1939. Actualité, menaces sur l'Europe. Engagement dans activité domestique, journalistique. Mobilisé, démobilisé. Travail dans journal "Aujourd'hui" après Vel'd'Hiv'. > s'engage dans la résistance. Recueils Chantefable, Etats de veille. Arrêté par la Gestapo. Déporté en Tchécoslovaquie en février 44. Meurt du typhus après l'arrivée des alliés à Terezin. Pendant la période de 39 à 45 > poèmes regroupés dans Destinée arbitraire > publication posthume > inspiration engagée. Robert Desnos Introduction Ce cœur qui haïssait la guerre est un poème de 1943 en vers libres qui se présente comme un constat entre les opinions pacifistes de Desnos et la réalité de l'engagement armé. Robert Desnos se montre en faveur de la résistance, et invite à la révolte contre l'Allemagne et ceux qui la servent, afin de retrouver la liberté perdue. Le texte est construit sur une double opposition passé > présent, attitude de refus de guerre > engagement personnel , appel collectif. Ce poème est construit comme une démonstration argumentée. Texte du poème Ce cœur qui haïssait la guerre Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu'il bat pour le combat et la bataille ! Ce cœur qui ne battait qu'au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit, Voilà qu'il se gonfle et qu'il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine. Et qu'il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent Et qu'il n'est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne Comme le son d'une cloche appelant à l'émeute et au combat. Écoutez, je l'entends qui me revient renvoyé par les échos. Mais non, c'est le bruit d'autres cœurs, de millions d'autres cœurs battant comme le mien à travers la France. Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs, Leur bruit est celui de la mer à l'assaut des falaises Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d'ordre Révolte contre Hitler et mort à ses partisans ! Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons, Mais un seul mot Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères Et des millions de Francais se préparent dans l'ombre à la besogne que l'aube proche leur imposera. Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées, du jour et de la nuit. Robert Desnos - L'Honneur des poètes - 1943 Annonce des axes I. Une démonstration argumentée 1. Les connecteurs logiques 2. Le lexique 3. Les temps verbaux 4. Un poème pour convaincre II. Le constat d'une situation présente 1. La découverte 2. L'engagement 3. De l'engagement personnel au groupe, à la collectivité III. La résolution du dilemme 1. L'importance de la liberté 2. Un combat pour la vie Commentaire littéraire I. Une démonstration argumentée 1. Les connecteurs logiques Présence de nombreux connecteurs logiques articulation, surtout dans la seconde moitié du poème et dans les débuts de phrases "Mais non" vers 11 > dénégation. "Pourtant" vers 17 > objection. "Mais" vers 18 > objection. "Et" vers 19 > adjonction, valeur consécutive. "Car" vers 21 > explication. > > Démonstration qui procède par étapes successives. Compréhension s'éclaire avec le système lexical du texte. Jeux des temps. 2. Le lexique Affirmation de son refus de faire la guerre > reprise du verbe "haïr" vers 1, 17, 21. Idée confirmée par exemple "battre". Tournure restrictive vers 3 > sens particulier de la relation avec la vie bat avec manifestations de la nature "au rythme des marées, à celui des saisons" => vie. Rapprochement entre battre et combattre attire l'attention sur évolution de la situation. Mise en relief par jeux des temps et termes exprimant le constat. Allitération en [ba] "qu'il bat pour le combat et la bataille !" qui mime le batttement d'un cœur. 3. Les temps verbaux Temps verbaux visibles par le même verbe. Ex verbe "battre", à l'imparfait, au présent. - Présent ensemble des constats au présent "voilà qu'il se gonfle". Tous ces verbes font référence à la guerre et au combat > engagement. - Imparfait sens différent vers 3, 17, 21 ; au sens de ponctuer la vie. S'intègre à ensemble des termes en rapport avec la nature, la paix, la vie. > > Met en relief deux situations antagonistes participation au combat / Refus de la guerre ; difficilement conciliables. Le cœur est la métonymie de la situation du poète. Affirmation de l'idéologie pacifiste > réalité de l'engagement. Texte pose une problématique conciliation de deux éléments antagonistes > > > trouver une justification. 4. Un poème pour convaincre Le poème comporte de nombreuses marques d’oralité, comme des adresses au lecteur, des points d’exclamation => apparence d’une plaidoirie orale, d'un discours à un public qu'il faudrait convaincre. II. Le constat d'une situation présente Présent affirmation expression de la découverte. 1. La découverte Plusieurs éléments dans le texte - Tonalité exclamative au premier vers - Emploi récurrent de "voilà que" vers 2, 5 - Succession de constats "et que" ; anaphore mise en relief. - "écoutez" vers 10, "l'", "son de cloche" comparaison avec cœur. -> invitation à partager la perception du poète. - Marque étape. - Souligne passage progressif du constat à l'appel. 2. L'engagement Réalité participation à la guerre. Affirmation dans champs lexicaux du combat "combat", "bataille" vers 1, "émeute" vers 9, "révolte", "mort", vers 16. > notions de guerre, relayées par d'autres termes de manière connotée "salpêtre" vers 6, métaphore vers 14 "mer à l'assaut des falaises". * engagement dans sa réalité * poète veut entraîner tout un groupe ce cœur > ces cœurs. 3. De l'engagement personnel au groupe, à la collectivité Volonté exprimée ce cœur > ces cœurs > millions d'autres cœurs. > > Amplification, multiplication présentée étape par étape comme le résultat de l'engagement personnel répercuté de manière sonore. Champ lexical du bruit très présent battement de cœur, siffle, son de cloche, écho, appel, mot d'ordre... > évoque poétiquement le passage. Progression par la disposition des phrases. Succession de "que" > scande la montée de la révolte. Aboutissement "millions de Français" vers 21. Engagement en contradiction avec déclaration initiale > paradoxe reposant sur deux attitudes autour du combat. Poète essaie de justifier ce paradoxe > résolution contradictoire. III. La résolution du dilemme Vers 17 "Pourtant" objection. Phrase relance l'opposition exprimée dans les premières lignes du poème. vers 18 éléments de la résolution du paradoxe. 1. L'importance de la liberté Elan vers action justifié par la recherche de liberté. Mot mis en relief par "un seul mot", par majuscules. > mot rassembleur détermine le comportement. Associé à "vieilles colères" > minimise l'engagement collectif pour insister sur la complicité entre les gens. Côté familial, accent sur fraternité. "Besogne" > euphémisme. Ramène engagement à travail, tâche qu'il faut accomplir pour la sauvegarde du groupe, au nom de la liberté. 2. Un combat pour la vie Evocation rythme des saisons, des marées... Battements de cœurs associés au rythme de la vie naturelle. En se battant pour la liberté, se battent pour vie en général. Liberté préservera rythmes naturels, fondamentaux. Fin du poème apporte clé du dilemme, dépassé et expliqué. Pluriel poète rassembleur, porte-parole, justifie le combat. Conclusion Dans Ce cœur qui haïssait la guerre, Desnos appel à la résistance. Le poème témoigne un engagement d'hommes dont la vocation n'est pas la guerre. Il témoigne le déchirement intérieur du poète partagé entre deux attitudes, de leurs résolutions. C'est un exposé argumenté et poétique. L'argumentation repose sur défense des valeurs fondamentales vie / liberté. Pour Desnos, le combat pour la liberté surpasse l'idéologie pacifiste. Robert Desnos appartient au mouvement surréaliste aux côtés de Eluard, Breton et Aragon. Il s'engage politiquement pendant la Seconde Guerre Mondiale et entre dans la Résistance en 1941 à la suite de la rafle du Vel'd'hiv. Arrêté en 1944, il meurt du typhus dans le camps de concentration de Terezin en Tchécoslovaquie au moment en de la libération des camps. Destinée arbitraire» est un recueil de textes écrit pendant la SGM et publié en 1975. Le poème Ce coeur qui haïssait la guerre» a été publié clandestinement le 14 juillet 1943 dans la revue l'honneur des poètes». Il y évoque son engagement, c'est un exemple de poésie engagée. PROBLEMATIQUE Quel message le poète fait-il passer dans ce texte ? I- L'appel au combat malgré le paradoxe initial II- Un engagement à la Résistance au nom de la liberté dans le contexte de la SGM. I- L'appel au combat malgré le paradoxe initial 1- Le paradoxe initial Le 1er évoque, à travers l'emploi de l'imparfait, haïssait» et le présent bat», un opposition entre deux attitudes le pacifisme avant la guerre et le présent sous l'occupation nazie où il veut combattre l'opposition. Un jeu de mot lié à la métaphore du coeur ce coeur» désigne le poète. La métaphore est filée avec le verbe battre qui a un double sens qui va conduire au combat, ainsi que les battements du coeur. La reprise des sonorités bat, combat, bataille qui vont dans la même idée de battre et de se battre. 2- Du combat individuel au combat collectif Le poème suit une progression du singulier au pluriel ce coeur» l1 est repris en anaphore ligne 3 mais en progression ligne 13 d'autres coeurs» ; de millions d'autres coeurs» ; tous ces coeurs» l14 ; ces coeurs» l23 qui renvoient au chiffre hyperbolique des millions de français l21 et des millions de cervelles 16. 3- Un combat qui s'étend dans l'espace Ce combat doit s'étendre partout en France l13 dans la ville et la campagne 8 et 9. L'expansion de se mouvement de révolte est exprimé à travers le champs lexical du bruit c'est le bruit d'autres coeurs» l12 ; je l'entends qui me revient envoyé par les échos» l11. Le combat se déplace comme les zones sonores dans l'espace. 4- L'image du combat violent et acharné La violence du combat est suggérée par la métaphore de la ligne 15 leur bruit est celui de la mer à l'assaut des falaises». La mer désigne les résistants qui vont affronter les nazis. II- Un engagement à la Résistance au nom de la liberté dans le contexte de la SGM. 1- Un amoureux de la vie Il évoque le rythme naturel du temps l3-4. L'aspect cyclique des marées, saisons, jours et nuits. Ces cycles renvoient donc à la vie. Mais l'amour de la vie sans la liberté n'a pas de sens. 2- Le combat au nom de la liberté La liberté est la raison ou la justification de son combat. La Liberté avec une majuscule l20 est une des valeurs de la République, on se bat pour elle. L'ennemi est clairement désigné à la ligne 18 révolte contre Hitler et mort à ses partisans!». 3- L'espoir dans la victoire Le futur est évoqué à la ligne 22 et donc l'avenir de la victoire prochaine. L'image de l'aube marque le début d'une nouvelle ère qui va aboutir au triomphe des résistants. CONCLUSION Ce poème est un appel à la résistance dans le cadre de la SGM. Le poète dépasse le paradoxe initial pour entrainer avec lui dans un même combat pour la liberté l'ensemble des français. C'est un homme attaché à la vie pour qui l'absence de liberté est un non-sens. La date de publication du poème, le 14 juillet 1943 est hautement symbolique. Desnos est un exemple des poètes engagés.

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